Digital nomads : où faut-il payer ses impôts ?

Digital nomads où faut-il payer ses impôts

Beaucoup de digital nomads pensent qu’il suffit de quitter son pays et de voyager régulièrement pour ne plus y payer d’impôts. En pratique, c’est rarement aussi simple.

La fiscalité ne dépend pas uniquement du nombre de jours passés dans un pays. Les administrations regardent aussi le lieu de vie réel, le lieu de travail, la famille, le logement, les intérêts économiques, les revenus, les conventions fiscales et parfois même les habitudes de déplacement.

La règle des 183 jours : importante, mais pas suffisante

Dans de nombreux pays, passer plus de 183 jours par an sur place peut créer une résidence fiscale. En Thaïlande, par exemple, une personne est considérée comme résidente fiscale si elle séjourne dans le pays plus de 183 jours au cours d’une année fiscale. Un ou une résidente fiscale thaïlandaise peut être imposée sur ses revenus de source thaïlandaise, ainsi que sur certains revenus étrangers transférés en Thaïlande.

Mais attention : passer moins de 183 jours dans son pays d’origine ne signifie pas automatiquement que l’on n’y est plus résident fiscal.

Le pays d’origine peut continuer à vous imposer

Un ou une digital nomade peut rester imposable dans son pays d’origine s’il y conserve son foyer, son logement principal, son activité professionnelle, ses principaux revenus ou le centre de ses intérêts économiques.

En France, par exemple, l’administration fiscale retient plusieurs critères : le foyer ou lieu de séjour principal, l’activité professionnelle principale et le centre des intérêts économiques. Il suffit parfois qu’un seul de ces critères soit rempli pour être considéré comme résident fiscal français.

En Suisse, la résidence fiscale peut aussi dépendre du domicile, de l’intention de s’établir durablement et de la durée du séjour, notamment 30 jours avec activité lucrative ou 90 jours sans activité lucrative.

Les conventions fiscales peuvent changer l’analyse

Lorsqu’une personne peut être considérée comme résidente fiscale de deux pays, une convention fiscale peut aider à trancher. Les conventions inspirées du modèle OCDE regardent généralement plusieurs critères : logement permanent, centre des intérêts vitaux, lieu de séjour habituel, nationalité et, en dernier recours, accord entre administrations.

Ces règles sont importantes pour éviter une double imposition, mais elles ne dispensent pas de déclarer correctement sa situation.

Le lieu de travail compte aussi

Pour un ou une digital nomade, le lieu réel où le travail est effectué peut être déterminant. Travailler depuis la Thaïlande pour des clients étrangers, une société européenne ou une plateforme en ligne ne signifie pas automatiquement que le revenu est fiscalement « hors sol ». Selon les pays concernés, l’activité peut créer des obligations fiscales, sociales ou administratives là où le travail est réellement exercé.

Il faut aussi distinguer fiscalité, visa et droit du travail. Avoir le droit de séjourner dans un pays ne signifie pas toujours avoir le droit d’y travailler ou d’y exercer une activité lucrative.

Voyager ne suffit pas à devenir non-résident

Changer régulièrement de pays peut donner une impression de liberté fiscale. Mais si aucun nouveau pays ne vous reconnaît clairement comme résident fiscal, votre pays d’origine peut considérer que vos attaches principales restent chez lui. C’est un point souvent sous-estimé : ne pas avoir de domicile stable ailleurs ne fait pas automatiquement disparaître la résidence fiscale précédente.

Conclusion

La fiscalité des digital nomads doit être analysée au cas par cas. La règle des 183 jours est un repère utile, mais elle n’est jamais le seul critère. Avant de quitter son pays, de créer une société à l’étranger ou de travailler depuis la Thaïlande, il est prudent de consulter un-e fiscaliste connaissant le pays d’origine, la Thaïlande et les conventions fiscales applicables.

En fiscalité internationale, le vrai risque n’est pas seulement de payer trop d’impôts. C’est surtout de croire qu’on n’en doit nulle part.

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